mercredi 28 octobre 2015

L'ULTIME (mystique fiction - la suite du texte à la demande si vous avez aimé)

À l’instant ultime, Ève saurait ce qu’elle devrait faire. Puisque c’était écrit. En réalité, ce n’était pas écrit comme un verset sur un précieux parchemin, mais parfois les choses s’imposent à vous de la même façon que si elles étaient gravées dans votre esprit. Vous savez confusément que vous agirez, puisque votre nature vous l’impose, et, pourtant, vous ignorez pourquoi. D’ailleurs, vous n’avez pas conscience que ce message existe et, ce qui est plus redoutable, qu’il ait pu être altéré entre-temps.
Soyons plus franc : il a été altéré.

L’époque des recensements était révolue. Et, pour d’autres raisons plus récentes, l’hôtel était presque vide. Mais il en fallait bien un, de même qu’il fallait bien d’un garagiste. C’était un hôtel tout à fait correct avec un drapeau, une large porte d’entrée et, sur la droite, la salle à manger. À l’autre bout de cette salle, deux femmes, la trentaine environ, riaient sans cesse. Comme deux gamines chahutant, l’une ajoutait du sucre plus qu’il n’en faut dans la tasse de l’autre qui lui chapardait ses croissants et elles s’échangeaient des blagues idiotes qui les faisaient bondir sur leurs chaises comme des guignols de foire.
Ce tapage grotesque résonnait dans la grande pièce carrelée. Ève s'en agaçait. Comment pouvaient-elles être si gaies, à peine levées ? Cela ne se faisait pas. Leur hilarité perturbait l'atmosphère et l'esprit de la jeune femme qui tentait vainement de se concentrer. Pour se rassurer et pour se disposer à... Le clac d'une cuiller sur le carrelage et les pouffements convulsifs qui s'en suivirent détournèrent à nouveau son attention. Ève perdit le fil de ses pensées et se surprit à craindre que cette interférence entre le monde futile de ces péronnelles et sa grande mission ne constitue une erreur de scenario, presqu'un contretemps. Un décalage. Ou alors un présage. A posteriori... Elle frissonna et ne fit aucun effort pour refouler cette idée puisqu'en effet, il tardait.

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